Bernard Lapasset a fait son choix. Ce sont désormais Marc Lièvremont, Émile N’Tamack et Didier Retière qui auront entre leurs mains la destinée de l’équipe de France. Une nomination qui ne fait pas plaisir à tout le monde. Non pas parce que les deux premiers, anciens internationaux, ne disposent que d’une mince expérience d’entraîneur. Mais plutôt parce que la décision quant à la succession de Bernard Laporte à la tête des Bleus s’est faite presque précipitamment, sans la concertation de toutes les hautes instances du rugby français, Serge Blanco en tête.
"Personnellement, je suis satisfait du choix des hommes, en revanche, je le suis beaucoup moins sur la méthode adoptée par la FFR pour faire ce choix" tempêtait le président de la Ligue nationale de rugby (LNR) à la sortie de l’assemblée générale de la FFR à Tarbes. Se voyant opposer une fin de non-recevoir sur une éventuelle discussion générale entre la FFR et la LNR, Serge Blanco n’a donc pas eu son mot à dire dans la nomination du nouveau trio d’entraîneur. Même si, les nouveaux entraîneurs de l’équipe de France devront entretenir des rapports plus étroits avec la LNR s’ils veulent pouvoir mettre en place une politique de sélection contentant l’équipe de France et les clubs du Top 14.
Peu d’expérience mais de l’avenir
Alors que les noms de Philippe Sella ou encore de Fabien Galthié, entraîneur du Stade Français, et de Guy Novès, entraîneur de Toulouse, circulaient avec insistance c’est donc ce trio étonnant qui est sorti du chapeau de Bernard Lapasset et de Jean-Claude Skrela, le directeur technique national. La plus belle promotion concerne bien entendu Marc Lièvremont désigné entraîneur de l’équipe de France alors qu’il n’avait jusqu’ici dirigé que l’équipe des moins de 21 ans avant de permettre à l’US Dax de remonter dans le Top 14.
Conscient de son manque d’expérience en tant que meneur d’hommes, Bernard Lapasset et Jean-Claude Skrela lui ont adjoint le duo Émile N’Tamack-Didier Retière, le premier à l’arrière, le second à l’avant. Ce même duo qui avait conduit les Bleus de moins de 21 ans au titre de champion du monde en 2006. Un succès qui a semble-t-il fait pencher la balance en faveur de deux hommes qui connaissent donc très bien les joueurs qui seront appelés à construire l’avenir de l’équipe de France, notamment dans la perspective de la Coupe du monde 2011.
Plus de jeu ?
Après l’échec de la Coupe du monde en France, la FFR choisit donc de faire confiance à un trio qui, s’il manque d’expérience, a déjà commencé à construire les bases du jeu tricolore. Depuis huit ans, sous l’égide de Bernard Laporte, le XV de France s’est avant tout concentré sur sa défense, devenant l’un des rideaux défensifs les plus difficiles à passer au monde. Mais dans le même temps, les Bleus ont perdu le flair qui les a toujours caractérisés et leur a manqué pendant la Coupe du monde 2006. Marc Lièvremont comme Émile N’Tamack ont pour eux la réputation d’avoir été des joueurs privilégiant l’attaque. Le second, élevé à l’école toulousaine, bien connue pour sa volonté de mettre du volume et de la vitesse dans son jeu, aime à laisser vivre les initiatives individuelles et à ne pas hésiter à pousser ses joueurs à prendre leurs responsabilités.
Durant le dernier Mondial, certains Bleus s’étaient parfois sentis enfermés dans un schéma de jeu qui ne leur convenaient pas, sans pour autant prendre l’initiative de bousculer les choses établies pour s’adapter au jeu de l’adversaire. Il faudra attendre pour voir s’ils ont davantage de liberté avec le nouveau trio d’entraîneurs. Et surtout si cette direction tricéphale ne risque pas de se marcher sur les pieds.